Nouveau fossile découvert en Jordanie

Découverte d’un étonnant fossile de lézard-requin

Il y a le requin-lézard – un squale dont la tête et la forme très allongée évoquent celles de ces petits reptiles – et voici désormais l’inverse, le lézard-requin. Si le premier existe encore, le second, lui, a disparu de la surface de la Terre lors de l’extinction qui a aussi sonné le glas de la plupart des dinosaures il y a 66 millions d’années. Ce lézard de la fin du crétacé faisait partie de la famille assez peu connue des mosasaures, des reptiles marins dotés d’une quantité non négligeable de vertèbres et dont les plus grands représentants flirtaient avec les 18 mètres. Les chercheurs considèrent qu’avant leur brutale disparition, les mosasaures constituaient un groupe de redoutables prédateurs, dotés de mâchoires puissantes.

Pourtant, dans le cas qui fait aujourd’hui l’actualité, ce n’est pas la tête qui intéresse les chercheurs, mais la queue. C’est un fossile dont le nom de catalogue est ERMNH HFV 197. Il a été découvert en Jordanie en 2009 et, au départ de son histoire, il n’a guère fait parler de lui. Ce n’est qu’en décembre 2011 que le paléontologue suédois Johan Lindgren (université de Lund), en y regardant de plus près, s’aperçoit qu’en plus des os la roche a exceptionnellement conservé, sous la forme d’un film blanchâtre, la trace de tissus mous, de chairs, au niveau de la queue. Comme il l’explique avec deux collègues jordanien et américain dans une étude publiée ce mardi 10 septembre dans Nature Communications, ces traces dressent des mosasaures un portrait différent de celui qu’on avait jusqu’à présent.

L’image classique du mosasaure, c’est une tête de lézard sur un corps d’anguille, les quatre pattes du reptile s’étant transformées en ailerons permettant de diriger ce grand prédateur dans ses pérégrinations aquatiques. Qui dit corps d’anguille dit une longue queue à bout plat, une allure serpentine et une locomotion avec d’amples mouvements ondulatoires de tout le corps. Voici une vue d’artiste montrant cette reconstitution :

Ce que l’on découvre sur ERMNH HFV 197, jeune prognathodon d’environ 1,5 mètre encore loin d’avoir atteint sa taille adulte, ce que dessinent ces tissus mous miraculeusement préservés, c’est une queue non pas en spatule mais ressemblant à s’y méprendre à une queue de requin… montée à l’envers. En général, chez les requins, le lobe le plus grand est celui du haut (c’est là que s’achève la colonne vertébrale). Ici, comme on peut le voir ci-dessous et sur l’image composite qui ouvre ce billet, c’est l’inverse :

La différence peut sembler secondaire mais elle est en réalité importante. Dans le concept « anguille », la longue queue plate conduit à l’hypothèse d’un animal nageur relativement lent, ondulant comme un serpent, capable seulement de courtes accélérations lors d’embuscades. Dans le concept « requin », que certains paléontologues avaient récemment pressenti, on a une véritable nageoire caudale, configuration morphologique qui optimise l’efficacité de la locomotion : le lézard-squale n’a plus besoin de se tortiller dans tous les sens pour avancer car l’espèce de longue pagaie qui prolonge son corps peut se charger de la propulsion. Lors des déplacements, le corps reste plus rigide et la tête peut davantage être maintenue dans l’axe de la nage. Bref, l’hydrodynamique s’avère bien meilleure et le reptile un chasseur encore plus dangereux. Non contents d’avoir d’impressionnantes mâchoires, ces mosasaures devaient être assez rapides, ce qui explique pourquoi certains chercheurs considèrent qu’ils ont récupéré, après la disparition des ichtyosaures il y a 90 millions d’années, le titre de terreurs des mers.

Au-delà de cette découverte étonnante qui redessine la silhouette d’une famille méconnue d’animaux préhistoriques, il y a là un magnifique cas de convergence évolutive. Derrière cette expression un peu compliquée se cache l’idée que des êtres appartenant à des familles très différentes du vivant mais soumis aux contraintes d’un même milieu, trouvent au fil de l’évolution des solutions anatomiques similaires pour y faire face. L’exemple le plus évident est celui qui rassemble les thons (poissons), les dauphins (mammifères) et les manchots (oiseaux) qui, tous les trois, ont ce profil fuselé et ces nageoires qui leur permettent de se déplacer rapidement dans ce milieu résistant qu’est l’eau. Dans le cas du prognathodon, la convergence évolutive a conduit les lézards vers une nageoire caudale à deux lobes semblable à celle des requins. Mais les mosasaures n’ont pu imiter les squales jusqu’au bout et survivre à la grande extinction de la fin du crétacé.

(article publié sur  Passeur de science) par Pierre Barthélémy

Post-scriptum de Pierre Barthélémy : je profite de l’occasion pour signaler la parution, il y a quelques jours, de Requins. De la préhistoire à nos jours, du paléontologue Gilles Cuny, avec de magnifiques illustrations d’Alain Bénéteau, livre qui décrit l’évolution de ces grands prédateurs des mers… et évoque au passage leur concurrence avec les mosasaures (Belin, 224 p., 27,90 €).

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Un commentaire sur “Nouveau fossile découvert en Jordanie

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