Denisova hominin, un autre humain très discret

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Denisova hominin, un autre humain très discret

Dans un article précédent, je vous parlais de la possibilité que l’homme de Néanderthal aurait laissé une partie de son ADN chez les homo sapiens. Depuis, une autre étude menée indiquerait que ce génome ne soit en fait qu’un génome commun avec notre propre ancêtre commun et non forcément un métissage. Mais sur ce point, tous les scientifiques ne sont pas d’accord.

D’autres chercheurs ont indiqué clairement leur désaccord avec cette nouvelle étude comme le Professeur David Reich, (Université Harvard à Cambridge, Etats-Unis). Cet ardent défenseur de la théorie de l’hybridation, avec Svante Paabo, n’est pas convaincu que les données représentent un argument suffisant contre le métissage Néanderthal-sapiens.
Aujourd’hui il faut savoir pour comprendre la suite,  qu’à une époque, l’homo sapiens (nous) maitres absolus de l’Afrique et peu à peu de l’Europe et du monde,  l’homme de Neandertal maitre absolu de l’Europe centrale et de l’Ouest et dans le Moyen-Orient pendant 120 000 ans,  et l’homme de Denisova, maitre absolu des steppes de l’Oural et de l’Asie du Sud Est, dont les Papous sont les plus proches descendants étaient trois espèces d’hommes bien distinctes. D’ailleurs, pour ce dernier une partie de son ADN se retrouve dans les populations Mélanésiennes à hauteur de 6%.
Aucun de ces deux autres genres n’était une créature stupide et attardée, ils avaient chacune leurs propre mode de vie, fabriquaient des armes, des colliers, enterraient leurs morts avec des offrandes, ce qui implique une conscience de soi, des craintes et des espérances et par extension, une réflexion sur la vie et le sens de l’existence ou la fragilité de la perte d’un être cher. Ce qui les met au même titre que nous autres sur une égalité évolutive, d’autant plus que il y a 400 000 ans que ces espèces ont pris une évolution différente, mais appartenaient à une seule et même espèce, celle des Homo erectus : voir ci-dessous mon infographie perso 🙂

origines des hommes
origines des hommes, cliquez pour voir en taille normale.

Aujourd’hui, le bulletin électronique des sciences nous annonce une double découverte : Le plus vieil ADN humain (400 000 ans) qui est Espagnol, et le squelette d’un homme vraisemblablement issu du métissage d’un père Homme de Néandertal:

Le site archéologique de La Sima de los Huesos d’Atapuerca, au nord de l’Espagne, est celui qui a livré aux scientifiques le plus de fossiles d’hominidés au monde jusqu’à présent. Depuis sa découverte en 1976, on y a travaillé à l’exhumation des ossements d’au moins 28 individus. Les squelettes y sont étonnamment complets, du fait, probablement des conditions climatiques et géologiques exceptionnelles du site, isolé depuis plusieurs centaines de milliers d’années dans les profondeurs d’un système karstique. Cependant, les ossement sont très fragmentés, éparpillés et mélangés, ce qui complique et ralenti la reconstitution des squelettes.

Les individus qui ont été exhumés sur ce site présentent certains traits physionomiques typiques de Neandertal, ce qui avait poussé la communauté scientifique à les identifier comme faisant partie de la même branche évolutive que ces derniers. Pourtant, la récente collaboration scientifique entre l’équipe d’Atapuerca et l’Institut Max Planck d’ Anthropologie Evolutive (Allemagne) est venue bousculer cette certitude :

Leur travaux communs ont permis d’extraire l’ADN d’un des 28 individus du site de la Sima, dont l’âge a été estimé à environ 400.000 ans (Pléistocène moyen), ce qui en fait le plus vieux matériel génétique humain jamais extrait ( le précédent « record » était tenu par un ADN vieux de 100.000 ans, appartenant à un autre fossile retrouvé sur le même site de la Sima de los Huesos près d’Atapuerca. Les deux équipes ont pu séquencer le génome mitochondrial quasi complet de l’individu, ce qui est une première pour du matériel génétique aussi vieux. Jusqu’à présent on avait réussi à extraire de l’ADN mitochondrial [1] que de restes retrouvés dans le permafrost ou les sols gelés, et jamais encore un ADN humain de cet âge n’avait pu être séquencé.

Pour obtenir cet AN, les scientifiques des deux centres ont développé une technologie totalement novatrice, qui d’un point de vue méthodologique ouvre la voie à d’autres découvertes futures. Le matériel génétique se dégrade au fil du temps et les chaines ADN se cassent, dans le cas de matériel aussi vieux que celui de l’individu de la Sima de los Huesos, les fragments d’ADN obtenus étaient tous extrêmement courts. La technique utilisée par les scientifiques rend possible la récupération et l’identification et l’assemblage de fragments d’ADN extrêmement courts, pour reconstruire de très longues chaines ADN, ce qui paraissait impossible il y a encore quelques années.

L’analyse de l’ADN mitochondrial séquencé a provoqué la surprise des chercheurs qui l’ont comparé avec les génomes de l’Homme moderne, de Neandertals, de chimpanzés et de bonobos. Cette comparaison a démontré que les individus de la Sima étaient apparentés, non pas aux Neandertals, comme on le pensait jusqu’à présent, mais à une population des monts Altai, en Sibérie, appelée Denisova, qui a vécu il y a environ 40.000 ans et dont on a retrouvé que peu de fossiles jusqu’à aujourd’hui.

Selon le paléontologue Juan Luis Arsuaga, directeur du Centre Mixte de recherche sur l’Evolution et le Comportement Humain et directeur scientifique du Musée de l’Evolution Humaine de Burgos, « Le séquençage d’un génome mitochondrial presque complet d’un fossile humain de plus de 400.000 ans est en soit un succès et un évènement sans précédent. » Cette découverte est également très surprenante du fait de la relation génétique existant entre deux populations aussi éloignées géographiquement et physiologiquement parlant : Comment un ADN mitochondrial de Denisova a-t-il pu se retrouver chez un individu visiblement beaucoup plus proche des Neandertal par son physique?

La théorie préférée par les chercheurs est celle d’une hybridation entre une mère Denisova et un père Neandertal. Cependant, pour pouvoir préciser l’identification de l’individu et vérifier ou pas cette hypothèse, il serait nécessaire de finir de déchiffrer le génome de l’individu, ce qui signifie parvenir à séquencer au moins une partie de son ADN nucléaire pour déterminer avec plus de certitude la position du fossile dans l’arbre de l’évolution humain. Si cela semble encore hors de portée aujourd’hui, c’est un projet sur lequel l’équipe d’Atapuerca et l’Institut Max Planck comptent collaborer prochainement.

La Sima de los Huesos a encore beaucoup de secrets à révéler…

[1] ADN mitochondrial : ADN présent dans les mitochondries (organite des cellules qui leur fournit de l’énergie, via la synthèse d’ATP). L’ADN mitochondrial présente l’intérêt pour les chercheurs d’exister en de multiples exemplaires et de se transmettre exclusivement par la mère d’une génération à la suivante, ce qui est utile pour retracer l’évolution d’une espèce au fil à travers les âges.

 

 

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